Articles
Le samedi 26 février 2000
SYLVAIN MARIER, DERNIÈRE HEURE |
|
4e au monde
"Je suis l'homme le plus fort du Canada" - Hugo
Girard
| "Lors du Championnat
mondial, nous devions tirer un boeing 737 de
80 tonnes." |
 |
| Bien que fort sympathiques
les uns avec les autres, les compétiteurs
de l'île de Maltese sont donnés
du fil à retordre. |
 |
| Hugo Girard connaît
les techniques pour éviter de se blesser. |
 |
Pour le transport
de pierres comme celle-ci, Hugo s'entraînait
avec des roches pesant entre 240 et 365 lb.
|
Il n'y a pas si longtemps, on les appelait les "hommes
forts"; aujourd'hui, ils sont les athlètes de
force". Hugo Girard est bien fier de cette nuance qui
fait d'eux des professionnels. Lui-même plusieurs
fois champion, il a de gros projets pour l'année
2000.
SYLVAIN DUPRAS, DERNIÈRE HEURE
Hugo Girard a gravi bien des échelons
depuis qu'il a été couronné l'homme
le plus fort du Québec, au mois de juillet 1998.
Dernière
Heure vous avait présenté, en août
1998, ce policier gatinois qui soulevait des voitures.
L'automne dernier, ce personnage imposant - 1,90 m
(6 pi 2 po), 150 kg (330 lb) - s'est mesuré aux
hommes les plus forts du monde à l'île
de Malte, au large de l'Italie, et il a terminé en
quatrième position. En présence de l'élite,
l'athlète de force a réussi à tirer
son épingle du jeu... ce qui lui permet de rêver
au titre mondial de l'an 2000.
Monsieur Girard, quel a été votre
cheminement depuis un an et demi?
À l'été 1998, j'ai remporté le
titre de l'Homme fort Molson, à Dolbeau,
au Québec. L'automne suivant, j'ai été invité au
championnat du monde des athlètes de force,
au Maroc, J'ai terminé 10e et j'ai eu la piqûre
pour les épreuves de la Fédération
internationale des athlètes de force. C'est à ce
moment-là que j'ai entrepris de fonder la
division canadienne de cette fédération,
avec des confrères du Québec.
Pourquoi cette fédération
internationale est-elle chère à vos
yeux?
Premièrement, parce qu'on y parle d'athlètes
de force et non plus d'hommes forts: on ne nous considère
pas seulement comme des gars au gros bras. Vous savez,
un homme ayant un petit gabarit peut exceller autant
qu'un gaillard corpulent s'il fait appel à tous
ses muscles et à des techniques qui s'acquièrent
uniquement par un entraînement continu. Deuxièmement,
toutes les épreuves, bien que spectaculaires,
sont pensées en fonction de la sécurité des
athlètes, afin d'éviter des blessures.
Comment la Fédération
canadienne des athlètes de force, dont vous êtes
le président et le fondateur, vient-elle
en aide à ses membres?
Les athlètes du Canada sont maintenant
au même niveau que ceux des autres pays. Nous
tenons des championnats régionaux, provinciaux
et nationaux basés sur les mêmes standards
que ceux de la Fédération internationale.
Le rôle de cet organisme est de développer
ce sport et de recruter les meilleurs athlètes
possibles.
Comment s'est déroulé le
premier Championnat canadien des athlètes
de force?
Ç'a été un succès!
Nous étions 16 concurrents venus des quatre
coins du Canada pour nous affronter sur les plaines
d'Abraham, à Québec, l'été dernier.
Les spectateurs, nombreux, ont bien apprécié les
sept épreuves figurant au programme. Le
transport des cylindres, le port de la roche, le
déplacement d'un immense pneu et le tirage
d'un camion remorque ont particulièrement
plu au public. La compétition a été diffusée
sur le Canal Indigo, en novembre, et sera de nouveau
présentée sur le Réseau des
sports au début de cette année. J'ai
finalement remporté ce premier Championnat
pour ainsi devenir l'homme le plus fort du Canada.
Cette victoire me donnait un laissez-passer pour
les Championnats du monde à l'île de
Malte, en octobre 1999. J'ai terminé 4e sur
les 30 compétiteurs inscrits provenant d'une
vingtaine de pays.
Êtes-vous satisfait de cette
quatrième position au niveau mondial?
Non. Je vise toujours la première place.
Par contre, en un an, je suis passé de la
10e à la 4e position. Il s'agit d'une progression
intéressante. Après l'île de
Malte, je me suis rendu en Chine pour prendre part
aux Championnats du monde par équipe où j'ai
offert une performance bien ordinaire. Les épreuves
ont été présentées à la
télé chinoise devant plus de 820 millions
de téléspectateurs. La semaine suivante,
j'ai remporté une compétition de calibre
international, en Islande. C'est une un véritable
stimulant pour les Championnats du monde de l'an
2000, qui se tindront l'automne prochain. Il me reste
encore beaucoup de points à améliorer
avant d'y prendre part.
Que vous reste-t-il à améliorer
au juste?
Ce sont surtout des points techniques, qui
entraînent par le fait même des modifications
dans mon entraînement physique. Si je regarde
ce que j'Mai accompli avec les moyens mis à ma
disposition, je me rends compte que je peux m'améliorer
encore beaucoup. ainsi, je m'exerce maintenant avec
les vrais cylindres de compétition. Ces appareils
demandent une prise particulière pour réussir
l'épreuve et éviter de se lacérer
l'intérieur des mains. Je détiens d'ailleurs
le record du monde à l'entraînement
pour le transport des cylindres: j'ai parcouru la
distance réglementaire de 265 pi en 33 sec.
Je viens aussi de commander des pierres spéciales,
pesant entre 240 et 365lb, pour pratiquer le port
de la roche. Je dois réussir à améliorer
ma performance dans cette épreuve. Ces pierres
coûtent 1500$US, en plus des frais de livraison.
De toutes les épreuves que
vous avez réalisées à ce jour,
laquelle est la plus spectaculaire?
Vous savez, chacune demande aux athlètes
de donner le meilleur d'eux-mêmes. Nous sommes
vidés après chaque compétition.
Mais l'épreuve la plus spectaculaire, tant
pour le public que les sportifs, a été de
trer un Boeing 737 de 80 tonnes.
Quelle a été votre
plus grande satisfaction lors de ces différents
championnats?
J'ai été très fier de
décocher le titre de champion du Québec
en 1998 et de me classer quatrième sur l'île
de Malte. Mais la victoire qui m'a apporté la
plus grande joie a été sans contredit
le titre canadien que j'ai remporté lors du
premier championnat de la Féd.ération
canadienne des athlètes de force au pays,
tenu à Québec l'été dernier.
Il s'agissait d'une première dans l'histoire
des athlètes de force au pays. Je savais que
j'étais parmi les meilleurs du Canada, et
ce championnat a confirmé ma progression.
Depuis un an, ma carrière va bien. Il ne me
manque plus que le titre mondial!
En hiver, durant la saison morte
en quoi consiste votre entrainement?
Je m'entraîne quatre fois par semaine, à raison
de 90 à 120 minutes par séance. Je
fais surtout travailler mon système cardiovasculaire.
En janvier, j'ai ajouté des exercices avec
les appareils, et je poursuivrai mon entraînement
jusqu'aux premières épreuves officielles
qui auront lieu au printemps. Pendant des semaines,
je n'aurai qu'un seul objectif en tête: pouvoir
me mesurer aux autres athlètes de force. La
compétition, c'est la récompense après
l'entraînement. Celui-ci est pour moi l'étape
la plus difficile, parce que les séances ont
souvent lieu après le travail, alors que je
suis déjà fatigué. Par contre,
le fait de s'entraîner dans des conditions
difficiles développe la force mentale de l'athlète,
un élément essentiel pour remporter
la victoire.
La Fédération couvre-t-elle
tous vos frais de déplacement lors des compétitions?
Non, je dois assumer moi-même tous ces
frais. Dans le cas des athlètes qui connaissent
beaucoup de succès, les bourses qui leur sont
offertes servent à payer ces dépenses.
Voilà pourquoi j'ai si bien réussi
lors des trois compétitions auxquelles j'ai
participé en Europe et en Asie, cet automne! (rires) Je
suis évidemment à la recherche de commanditaires
qui m'accorderont un soutien financier.