Homme fort du Québec

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Le mardi 10 septembre 2002

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Pour que fonctionne une locomotive comme Hugo Girard, qui doit faire basculer un pneu de 1000 livres comme ici ou transporter un bouclier d'acier de 385 livres par exemple, il faut du carburant. Girard avale une douzaine d'oeufs chaque matin. Il s'agit de l'un des cinq repas qu'il doit se farcir à chaque jour. Souvent, un de ces repas est constitué de trois poitrines de poulet. Il adore également les pâtes. D'assez grandes assiettes merci !

Hugo Girard, le Louis Cyr des temps modernes

Plus d'un siècle après les exploits de l'ex-policier Louis Cyr, intronisé au Panthéon des sports du Québec l'an dernier, Hugo Girard, 30 ans, s'attaquera au titre de l'homme le plus fort au monde, à compter de samedi et jusqu'au 24 septembre à Kuala Lumpur, en Malaisie.

FRANÇOIS BÉLIVEAU
LA PRESSE


  Encore une fois, la tradition du Québec, berceau d'hommes forts après les Cyr, Jos Montferrand, Victor Delamare, Hector Décarie et les Baillargeon s'étale sur la propension d'exploits de force.

  Alors que les États-Unis sont rayés de la carte depuis 20 ans dans ce domaine, deux Canadiens ont gagné leur sélection à la grande finale pour la seconde année consécutive. Hugo Girard, bon premier, et l'Abitibien de Senneterre Jessen Paulin, 28 ans, ont obtenu la consécration nationale et le laissez-passer pour Kuala Lumpur. Le troisième, l'Ontarien Travis Lyndon, qualifié avec Girard l'an dernier, a été écarté par une blessure cette année.

  « Ma mère s'est mise à rire quand, à l'âge de 12 ans, je lui ai affirmé que je deviendrais l'homme le plus fort du monde. Ça se passait chez nous à Sainte-Anne-de-Portneuf, sur la Côte Nord. »

  Girard, policier de Gatineau en congé sans solde de six mois, vient de compléter son entraînement préparatoire au 25e Championnat du monde où il sera l'un des cinq favoris avec une floppée de Scandinaves.

  Conseillé par l'écrivain Paul Ohl, ancien haltérophile, le vainqueur des quatre championnats du Canada organisés depuis 1999, champion nord-américain et gagnant de plusieurs épreuves de Grand Prix, refuse d'être considéré tel une bête de cirque.

  « J'ai toujours été fasciné par les héros de bandes dessinées, d'autant plus que mon père (Rosaire) s'entraînait aussi et participait aux compétitions d'hommes forts. J'ai été marqué par le Défi Mark Ten de 1985 à Montréal », raconte le colosse de 330 livres (6'2) dont les mensurations (biceps, poitrine, etc.) sont même supérieures à celles, hors-normes, du fameux Louis Cyr.

  « Il faut changer la vision qu'on a des hommes forts. Athlètes de puissance capables d'un effort maximal de 90 secondes, d'un déploiement musculaire explosif plus polyvalent que celui de l'haltérophile, on défie la logique de la biomécanique humaine », dit-il.

  Paul Ohl ajoute que « l'athlète de force, axé vers les qualités athlétiques, se soumet à un entraînement aérobique extrême afin de puiser dans l'ensemble de ses muscles car il doit affronter 13 épreuves différentes, neuf avec déplacements chronométrés de divers objets lourds. Un entraînement d'enfer où il taxe son corps. »
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Le prolifique écrivain Paul Ohl (à droite), qui prépare d'ailleurs un livre sur le phénomène des hommes forts, a accompagné Hugo Girard (devant lui) et Jessen Paulin en Malaisie, à ses propres frais, afin de leur servir de conseiller. Ancien haltérophile lui-même, Ohl n'a plus de secret sur le comportement du corps en position d'efforts extrêmes. On distingue également sur la photo, en arrière-plan, Alexandre Cloutier, 25 ans, joueur de football de 6'6 des Renegades d'Ottawa, qui sert en quelque sorte de soutien aux hommes forts à l'entraînement, replaçant les lourds objets, les ramenant, grâce à un « diable » aux points de départ, etc. Cloutier s'est lié d'amitié avec Girard alors qu'il étudiait à l'Université Laval et jouait pour le Rouge et Or.

  Ce Louis Cyr moderne en sera à son cinquième essai au World's Strongest Man où seuls les 30 premiers au monde sont acceptés. « La première fois au Maroc, raconte-t-il, j'ai abandonné. À Malte l'année suivante, j'ai fini quatrième et constaté ma progression. En Afrique du Sud en 2000, j'ai déclaré forfait pour blessures et l'an passé, en Zambie, encore blessé, j'ai pris le sixième rang. »

  Cette fois-ci sera la bonne ! » assure l'épouse de l'athlète, Nadine Tremblay, une infirmière qui sera du voyage avec Jessen Paulin et sa conjointe, Paul Ohl, et le juge-arbitre Marc Lauzon, ex-compétiteur qui a fabriqué divers accessoires d'entraîement : boules de pierre, blason d'acier de 385 livres, cylindres de plomb, etc. Le hangar de Gatineau où ces équipements géants d'une valeur de 60 000 $ sont entreposés sert de lieu de ralliement à la plus grande concentration d'hommes forts au monde. Paulin, Travis Lyndon, Girard et un autre aspirant s'y retrouvent régulièrement.

  « On contribue à payer l'entrepôt (12 000 $ par an). On se stimule les uns les autres, en toute complicité. On fait équipe, commente Jessen Paulin. C'est la nature de ce sport, il n'y a pas d'animosité entre concurrents. On déplace chaque jour des dizaines de tonnes chacun d'objets difficiles à manipuler, on culbute d'immenses pneus de 1000 livres. On court, on saute... »

  Au cours des 20 dernières années, le titre du World's Strongest Man (bourse de 50 000 $ CAN ) est allé 15 fois anx Scandinaves, des professionnels bien soutenus par leurs pays respectifs. À battre : Svend Karlsen (Norvège), Magnus Samuelson (Suède), Jannie Virtannen (Finlande). Suivent deux Polonais et un Allemand.

  « Il n'y a qu'un tel homme fort par génération, soutient Paul Ohl. Hugo, une exception génétique qui se tient loin du dopage, n'a été aidé que par son commanditaire DeWalt. Le pire, c'est que tout le monde voudra le récupérer s'il parvient au sommet. »

  À Kuala Lumpur, l'une des épreuves sera de tirer un camion-remorque de 70 000 livres à partir d'un point mort. En 1999, c'était un Boeing 737 de 80 tonnes.

  Le pire adversaire de Hugo sera la chaleur. Il profite de la pause du voyage entrepris dimanche pour perdre 20 livres afin d'être à l'aise.

  « Si je réussis mon rêve, une entreprise de 18 ans, se répète Hugo Girard, je saurai que je pourrai réaliser n'importe quoi. »

  50 réseaux vont transmettre à un milliard de téléspectateurs, ce concours de 30 athlètes aux musclés hypertrophiés.


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